Eglantine traçait son auto-portrait et invitait ceux qui le souhaitaient à se révéler
Qui suis-je ? = j'avais répondu à AUTO-PORTAIT chez elle
J'avais aussi , il y a quelques semaines ,à la suite, écrit le texte ci-dessous, je vous le livre , "sorti des archives"...
(je ne voulais pas le mettre en ligne, mais le poème ' pourquoi' chez Enriqueta m'offre l'opportunité de
parler...
Bonne lecture ..
A regarder le pire, des larmes ne sont plus rien..
A peine avais-je posé la main sur le portail du jardin, qu’une autre main
devançait la mienne pour l’ouvrir.
-« pourquoi, ne pas me demander de pousser la grille, au lieu de le
faire toi-même ? »
Si je ne peux au moins
pousser une porte, pensais-je !
Mais je ne répondais pas. Ces simples mots rompaient mon silence et d’une respiration, inspirante, expirante je tentais de refouler le sanglot qui montait en
moi. On ne devait me voir, ni pleurer, ni gémir.
Mais il est vrai que la
veille encore, le simple frôlement du drap sur les épaules m’était intolérable et aucun effort ne m’était autorisé.
-« jusqu’où veux-tu aller » ? poursuivait la
voix.
-« Jusqu’au saule qui pleure toujours, les pieds noyés, mais qui sait verdir à l’été. Regarder cette femme, si belle encore, se tenant les
reins, la tête appuyée contre un torse .Et puis m’asseoir tout auprès de lui, et lire, lire un peu.
Aujourd’hui, mes yeux sont
moins troubles, je devrais sans doute tourner les pages plusieurs fois pour retenir un chapitre, mais je devrais pouvoir lire, un peu.
-« vas-tu pouvoir revenir, tu recommences seulement à
marcher ? »
-« Je reviendrai, je vais me soutenir à ton bras pour arriver
jusqu’à l’arbre. Hier j’étais comme paralysée, ce midi, je pose pied à terre !
Je passais un bras autour du sien, sentant une telle fermeté dans sa musculature, que si l’un de mes pieds échappait par faiblesse du droit chemin, il me retiendrait pour ne point que je tombe.
J’avalais une autre fois ma salive, refoulais encore les sanglots. Il
fallait que je puise au fond de moi-même une énergie suffisante pour affronter la vie… devant moi …toute nouvelle, autrement, et ce, dès maintenant J’entendais les voix qui m’avaient dernièrement
affligées :
-« il faut que ton
corps s’habitue à ton nouveau traitement, laisse-lui un peu de temps »,
-«vous ne pouvez augmenter
les doses, il va falloir apprendre à gérer les crises »,
-« Ce médicament vous
rend nauséeuse, mais avez-vous le choix ?
-« Ce n’est pas un cancer, mais ..
Je ne savais pas jusqu’où la douleur pouvait assaillir, tant elle avait
déjà frappée !
Non, je n’étais plus libre, ni de mon corps, ni de moi-même, dépendante
des autres, et je ne le supportais pas.
Des coups de cafard, certes
j’allais en rencontrer, sensibilisée par l’inertie, révoltée par les affronts.
Rien ne me manquait, je mangeais à ma faim, même sans sel, je puisais le
sucre seulement dans la nature du fruit, et je ne buvais que de l’eau aux jours de fête, je ne manquais de rien…, sauf de liberté, celle de jouir de mes propres mouvements, de mon corps, surtout de mon corps, et c’était me demander trop d’efforts que
de ne plus rien attendre de la vie , celle dont j'avais imaginée.
Restreindre la douleur étant l’objectif, gérer les crises en était un
autre. Vivre à un rythme différent, sans projet, surtout me reposer, encore et encore, alors que mon
épuisement consistait à regarder les journées passées dans le néant, à compter les nuits blanches
défilées, brûlantes lancinantes …
Pourquoi un tel acharnement sur un corps sans défense, totalement anéanti
comme dans les fièvres où l’agonie semble proche d’une autre vie.
Comme je croyais ne pouvoir me relever..
Je regardais le titre du livre que j’avais emporté : Souad
brûlée vive
Son témoignage m’encourageait à ne plus me plaindre.
Dans son village, en territoire jordanien, l’amour avant le mariage était
synonyme de mort, il y avait donc pire, et Souad amoureuse était enceinte.
« Déshonorée, sa famille avait désigné son beau-frère pour exécuter
la sentence »Il s’approchait d’elle terrifiée, l’aspergeait d’essence, craquait une
allumette…
Sauvée par miracle, elle commentait son histoire, « pour briser le
tabou du silence insupportable qui recouvre la mort de ces femmes victimes de la loi des hommes ».
Intensément, je pensais à elle. Son corps était meurtri, bien plus que le mien, et tout
simplement pour me donner du courage, je commençais un nouveau chapitre...et je m'oubliais
Lilounette
PS: suite aux premiers commentaires,
je voudrais rassurer chacun de vous.Le traitement a une efficacité qui atténue les douleurs et je marche beaucoup mieux
Aussi, il m'arrive de ne plus penser à rien sauf à un moment assez traite, celui où l'on baisse la dose de cortisone, qui chaque fois envoie les symtômes comme un coup de ' rappel' , tout
partout .C'est là, que je me décourage, comme un espoir qui s'évade .. mais une si grosse crise comme je l'ai décrite , il n'y en plus eu depuis plusieurs semaines..alors il y a comme
une impression de vie qui reprend . A +